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La reconstruction de la ville de Valenciennes (1940-1959)

Par Jean-Marie Richez

Tome XIII du Cercle historique et archéologique de Valenciennes

Avant propos

Valenciennes au cours de sa longue, riche et périodiquement douloureuse histoire a subi une série de sièges meurtriers. Si l’on s’en tient à ceux de l’époque moderne et contemporaine, force est de constater que toutefois, ils ne s’accompagnèrent pas nécessairement de destructions significatives de l’habitat urbain. Par exemple, en juin-juillet 1656, lors du siège de la ville par les troupes françaises de Turenne et de La Ferté, la cité fut battue par le canon à partir du 30 juin. De durs combats s’ensuivirent jusqu'à l'arrivée des troupes espagnoles de secours commandées par Juan d'autriche et le prince de Condé. Dans les tranchées des assaillants comme derrière les fortifications défendues par l’armée espagnole et les milices bourgeoises, le sang coula à flot, mais l’habitat ne fut pas vraiment dévasté, même si quelques dégâts furent à déplorer.

Tel ne fut pas le cas en mars 1677 : les 13,14 et 15 mars, l’artillerie française déversa des centaines de bombes sur la ville. Le 17, la ville était prise d’assaut en une demi-heure. Le bilan exact des édifices privés affectés par le siège demanderait à être mieux connu, mais il est attesté que le Magistrat se résolut rapidement à capituler afin d’épargner à la ville de plus amples destructions, alors qu’aucun secours extérieur ne pouvait être envoyé au gouverneur de la ville, le marquis de Richebourg. Pour réparer les seules églises et maisons religieuses, il dut dépenser 50 000 florins. Dans les années qui suivirent, la population enregistra un ressac important de son effectif que cinq dénombrements réalisés en 1678, 1680, 1686, 1693 et 1699 permettent d’évaluer avec exactitude.

En juin-juillet 1793, la situation a été plus dramatique encore. La ville connut siège et bombardements pendant quarante-deux jours. La population civile fut saignée à blanc et plus de 3000 maisons furent ruinées ou endommagées. La cité est reprise treize mois plus tard par l’armée du général Schérer, mais à cette occasion il n’y eut pas de siège dévastateur.

La première guerre mondiale donna lieu à une occupation tracassière fertile en exactions et en spoliations de toutes sortes. Cependant, globalement dans le département, l’arrondissement de Valenciennes ne fut pas le plus affligé par la destruction de son patrimoine bâti, bien que dans l’entité administrative dont elle était le chef-lieu, Valenciennes fut, avec Anzin, Saint-Saulve, Haspres et Quiévrechain, la commune affichant le taux le plus élevé de bâtiments détruits ou endommagés. Valenciennes vit la ceinture de ses quartiers périphériques ravagées par les âpres combats des dernières semaines de la guerre, mais le centre-ville fut au total assez peu détruit. Il fallut certes reconstruire : les actes de la journée d’études organisée à l’occasion du 90e anniversaire de la fondation du CAHV, qui figureront dans le tome XIV des Mémoires permettront de revenir sur cette période de reconstruction (1918-circa 1930).

Vint alors la tragédie de mai 1940. Le 14 mai, les Panzerdivisionen percent le front français à Sedan et se ruent vers l’ouest. L’exode de milliers de Valenciennois s’amorce dès le 16 mai et vide en quelques jours la ville de la majeure partie de sa population. Dès le 22 mai, dans des conditions mal élucidées, débute un vaste incendie qui dure pendant quatorze jours. Plus de 12 % des immeubles de la ville partent alors en fumée dès les premiers jours de la guerre. Si l’on ajoute les destructions résultant des bombardements de 1944, on observe que 2385 immeubles valenciennois sur les 10186 d’avant- guerre ont été détruits ou ont subi des dommages.

Reconstruire pour reloger les habitants et en même temps embellir la ville, tout en la rendant plus fonctionnelle apparaît très vite une «urgente obligation». Cette reconstruction est d’autant plus intéressante à scruter que contrairement à ce que l’on fit après la Grande Guerre, il ne fut pas question de reconstruire «à l’identique». Pour des raisons qu’expose limpidement cet ouvrage, la reconstruction dura beaucoup plus longtemps qu’on ne l’avait imaginé au temps où Adophe Lefrancq était à la tête de l’administration municipale.

C’est donc cette période de reconstruction que J.M. Richez a étudiée. La grande figure de l’architecte-urbaniste Albert Laprade pour qui l’auteur éprouve à l’évidence une certaine admiration domine ce livre puisque le plan qu’il élabora et fit adopter dès 1943 demeura officiellement en vigueur pendant vingt-cinq ans. Il est fondé même d’aller plus loin, puisqu’il est assez fascinant de constater que certaines réalisations récentes de la ville comme l’aménagement de l’étang du Vignoble figure expressis verbis dans les écrits de Laprade en 1943!

M. Richez a mobilisé une très large documentation aux Archives municipales comme à Lille aux Archives départementales, sans négliger les apports du fonds Laprade consultable à Paris aux Archives Nationales. Les résultats de cette enquête qui donna lieu en 1995 à la soutenance d’un mémoire de diplôme d’études approfondies (DEA) à l’université de Lille 3 est à la mesure des efforts consentis. On aura compris que la reconstruction du centre de l’ «Athènes du Nord», même si elle est abordée par maints travaux, à commencer par notre Nouvelle histoire de Valenciennes, attendait son historien; elle l’a trouvé avec M. Richez, qui avec une réelle acribie, nous livre une synthèse au caractère presque exhaustif.

Il était, il est vrai, particulièrement qualifié pour traiter de cette question. Il associe en effet une formation d’historien à une expérience de fonctionnaire rompu à la connaissance des arcanes des dispositifs décisionnels. Il fit des études d’histoire qui le conduisirent sous la direction de Marcel Gillet à la présentation en 1975 d’une maîtrise sur la société charbonnière de Thivencelles et de Fresnes-midi. Il s’y intéressait alors plus particulièrement à l’étude de la situation financière, de la production, de la vente et des bénéfices de cette compagnie. Il préféra ensuite s’orienter non vers l’enseignement, mais vers l’administration, jusqu’à occuper des fonctions de commissaire à la concurrence et à la répression des fraudes à Valenciennes, puis à Lille. Il gardait toutefois le goût de la recherche historique, ce qui explique la préparation de ce mémoire de DEA puis sous la direction de Madame Hardy, celle d’une thèse soutenue en 2001 sur Valenciennes dans son bassin d’activité, 1950-2000 avec pour sous-titre explicatif La quête d’une identité : aménagement de la ville et de son territoire dans une perpétuelle restructuration économique.

Le moment est venu d’inviter le lecteur à la découverte d’une reconstruction semée d’embûches, voire d’incompréhensions qui a marqué durablement le visage de la vieille métropole scaldienne.

Philippe Guignet


Date de création : 26/10/2017 @ 22:15
Catégorie : Rubriques - Le CSPV a lu pour vous...
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